La loi qui transpose les accords nationaux interprofessionnels sur l’emploi des salariés expérimentés impose des changements concrets dans la gestion des ressources humaines : négociations de branche et d’entreprise, réforme de l’entretien professionnel, nouveaux outils pour accompagner les fins de carrière et expérimentation d’un « CDI senior ». Ce guide pratique vous aide à transformer ces obligations légales en actions opérationnelles, en évitant les erreurs fréquentes et en donnant des repères utiles pour les équipes RH et les managers.
Quelles négociations collectives lancer et à quelle fréquence devez-vous les programmer ?
Les obligations de négociation s’appliquent à plusieurs niveaux et il est rare qu’une entreprise puisse s’en dispenser complètement. Les branches doivent engager une négociation sur l’emploi et le travail des salariés expérimentés au moins tous les 4 ans. En l’absence d’accord fixant une fréquence différente, la périodicité devient triennale, appuyée sur un diagnostic détaillé.
Dans l’entreprise, la nécessité d’ouvrir une négociation dépend de la taille : celles d’au moins 300 salariés entrent dans le champ d’une obligation quadriennale similaire, tandis que des modalités différenciées peuvent être prévues par accord collectif.
- Diagnostic préalable : n’attendez pas la table ronde pour collecter les données. Les indicateurs de la BDESE et le DUERP alimentent le diagnostic sur les salariés expérimentés.
- Piège courant : confondre négociation formelle et simple information. L’absence d’accord valablement négocié entraîne l’application des dispositions supplétives et des rapports obligatoires.
- Bonne pratique : inclure représentants du personnel, services RH et médecine du travail dès la phase d’analyse pour produire un diagnostic partagé.
Comment organiser l’entretien de parcours professionnel sans multiplier les réunions inutiles ?
L’entretien de parcours professionnel remplace l’ancien entretien professionnel et vise à cartographier les compétences, les souhaits d’évolution et les besoins en formation du salarié. Les nouvelles règles modifient la périodicité : premier entretien dès la 1re année, puis tous les 4 ans, avec un état des lieux récapitulatif tous les 8 ans.
Quelques repères concrets pour l’organiser efficacement :
- Documentez chaque entretien : synthèse signée, actions prévues, et échéances. Ce dossier facilite l’état des lieux pluriannuel et protège l’employeur en cas de contrôle.
- Évitez la confusion avec l’entretien annuel d’évaluation ; ces deux entretiens poursuivent des objectifs distincts.
- Cas des entreprises de 50 salariés et plus : si le salarié n’a pas bénéficié, au cours des 8 dernières années, d’au moins un entretien suivi d’une action de formation, l’entreprise doit verser un abondement CPF de 3 000 €. Cette règle mérite d’être intégrée aux processus automatisés de suivi des entretiens.
Étapes pratiques pour un déroulé d’entretien utile
- Préparation : consulter le dossier RH, les actions de formation passées, et les préconisations de la médecine du travail si existantes.
- Conduite : échanger sur compétences, aspirations, contraintes de santé et possibilités de formation (CPF, VAE, périodes de reconversion).
- Suivi : formaliser un plan d’actions (formation, mobilité, aménagement de poste) et fixer une échéance de revue.
Quelles réponses apporter aux salariés de 45 ans et plus lors de la visite de mi-carrière ?
La visite médicale de mi-carrière, qui intervient autour des 45 ans, devient un point d’articulation fort entre santé au travail et gestion des parcours. L’entretien de parcours professionnel doit se tenir dans les deux mois suivant cette visite afin d’examiner les mesures préconisées par le médecin du travail.
En pratique, les mesures évoquées peuvent aller de l’aménagement du poste à une évolution de missions. Les erreurs courantes incluent la séparation en silos des acteurs : absence de coordination entre médecine du travail, managers et RH aboutit souvent à des propositions irréalistes ou non financées.
- Astuce terrain : organiser un court « comité cas » multi-acteurs pour évaluer la mise en œuvre des préconisations et valider un calendrier.
- Situation fréquente : demande d’évolution vers des tâches moins physiques. Anticipez le besoin de formation ou d’une période de reconversion pour sécuriser la transition.
Comment utiliser le contrat de valorisation de l’expérience (CVE ou « CDI senior ») sans risquer de contentieux ?
Le CVE, expérimenté pendant 5 ans à compter de la promulgation de la loi, vise à faciliter le recrutement des demandeurs d’emploi seniors. Le contrat reste majoritairement un CDI, mais il autorise des modalités particulières concernant la mise à la retraite du salarié.
Points de vigilance pour l’employeur :
- Respect strict des conditions d’éligibilité du bénéficiaire (âge, inscription comme demandeur d’emploi, absence de pension à taux plein).
- Précautions sur les clauses de fin de contrat : si l’employeur met à la retraite sans respecter les conditions prévues par le dispositif, la rupture peut être requalifiée en licenciement irrégulier.
- Avantage financier temporaire : exonération partielle de la contribution sur l’indemnité de mise à la retraite sous certaines conditions, à connaître pour gérer les coûts de fin de carrière.
Observation concrète : certains employeurs ont tendance à utiliser le CVE comme simple levier de flexibilité ; ce comportement expose à des risques juridiques. Le CVE fonctionne mieux lorsqu’il s’accompagne d’un véritable projet d’insertion professionnelle et d’un parcours de fin de carrière clairement défini.
Que changer dans vos pratiques pour faciliter la retraite progressive et les aménagements de fin de carrière ?
La retraite progressive permet au salarié de réduire son temps de travail tout en percevant une partie de sa retraite et en continuant d’acquérir des droits. L’employeur conserve la faculté de refuser, mais la justification du refus est désormais plus exigeante et doit porter sur la continuité de l’activité ou de réelles difficultés de remplacement.
Recommandations pratiques :
- Documentez l’impact opérationnel attendu si vous envisagez de refuser une retraite progressive.
- Explorez des alternatives de réorganisation (réduction du périmètre, tutorat pour transfert de compétences) avant de refuser.
- Intégrez ces demandes dans un plan de succession pour sécuriser la transmission des savoirs.
Le bonus‑malus de l’assurance chômage : quels éléments désormais exclus du calcul ?
Le mécanisme de bonus‑malus, destiné à décourager le recours excessif aux contrats courts, exclut désormais certaines ruptures du contrat de travail du calcul des contributions à compter du 1er mars 2026. Les licenciements pour inaptitude suite à maladie non professionnelle, ainsi que les licenciements pour faute grave ou lourde ne sont plus pris en compte.
Conséquences pour les employeurs : les décisions de gestion (notamment en cas d’inaptitude) seront moins pénalisantes du point de vue du taux de contribution. Néanmoins, l’enjeu reste d’éviter les pratiques structurelles favorisant la précarité, qui maintiennent le risque d’une majoration.
Comment monter une période de reconversion : démarches, financement et erreurs à éviter ?
La période de reconversion vise à sécuriser la mobilité professionnelle interne ou externe par des actions de formation et un accompagnement pendant le temps de travail. Des décrets ont précisé les modalités et le financement, ce qui ouvre des possibilités concrètes pour les parcours de salariés souhaitant se repositionner.
Clés opérationnelles :
- Analyser la demande au regard des compétences transférables et du marché interne/externe.
- Prévoir un plan de financement combinant CPF, dispositifs de branche, et éventuelles contributions de l’employeur.
- Formaliser un accord écrit précisant durée, objectifs et modalités de suivi pour éviter les désaccords ultérieurs.
| Taille de l’entreprise | Obligation clé | Périodicité minimale | Date d’entrée en vigueur notable |
|---|---|---|---|
| < 50 salariés | Application des dispositions générales, entretiens individuels | Triennale si absence d’accord | 26 octobre 2025 pour certaines mesures |
| 50 à 299 salariés | Entretien de parcours, obligations de suivi (abondement CPF si applicable) | 4 ans (accueil d’accord possible) | 1er octobre 2026 pour entreprises avec accord |
| ≥ 300 salariés | Négociation obligatoire sur l’emploi des seniors, diagnostic BDESE/DUERP | 4 ans (sinon triennale) | Entrée en vigueur progressive selon mesures |
Quels sont les risques et erreurs les plus fréquents que j’observe en entreprise ?
Les erreurs observées sur le terrain reviennent souvent : absence d’anticipation des échéances de négociation, documentation insuffisante des entretiens, mauvaise coordination entre médecine du travail et RH, et usage opportuniste du CVE sans projet de gestion de fin de carrière. Un défaut de traçabilité des entretiens peut conduire à des demandes d’abondement CPF imprévues et à des redressements.
Action immédiate recommandée : cartographier vos obligations sur un calendrier RH centralisé, avec alertes sur les échéances d’état des lieux et sur le suivi des entretiens de parcours.
FAQ
Qui doit lancer la négociation sur l’emploi des salariés expérimentés ?
La responsabilité revient aux organisations de branche au niveau sectoriel et, pour les entreprises d’au moins 300 salariés, à l’employeur via la négociation d’entreprise ou l’accord collectif.
Quelles sont les nouvelles périodicités de l’entretien de parcours professionnel ?
Premier entretien dès la première année d’embauche, puis tous les 4 ans, avec un état des lieux récapitulatif tous les 8 ans.
Quel est l’intérêt du CDI senior pour un demandeur d’emploi ?
Le CVE offre la sécurité d’un CDI avant la retraite et une visibilité sur la fin de carrière; pour l’employeur, il permet certaines modalités particulières de mise à la retraite et des exonérations sous conditions.
Quand l’entreprise doit-elle abonder le CPF à hauteur de 3 000 € ?
Lorsque, dans une entreprise d’au moins 50 salariés, un salarié n’a pas bénéficié, au cours des 8 dernières années, d’entretiens suivis d’au moins une action de formation, l’abondement est dû.
Le bonus‑malus prend-il en compte tous les licenciements ?
Non. À compter du 1er mars 2026, certains licenciements (inaptitude non professionnelle, faute grave, faute lourde) ne sont plus pris en compte dans le calcul du bonus‑malus.
Comment financer une période de reconversion ?
Le financement peut combiner CPF, dispositifs conventionnels de branche et contributions de l’employeur; les décrets précisent les modalités et conditions d’accès.
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Jean Martin est un spécialiste en développement des compétences professionnelles et en employabilité.